par Isabelle Audet
Avec le temps doux des derniers jours, la grande majorité des cabanes à sucre soulignent l’arrivée du printemps en ouvrant toutes grandes leurs portes dès cette fin de semaine.
« On a attendu longtemps cette année ! » affirme, comme soulagé, Charles-Félix Ross, secrétaire général de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. Normalement, des temps doux plus précoces font monter la sève dans les érables dès la fin du mois de février. Cette année, le temps des sucres s’est fait attendre trois semaines de plus. « Les vieux acériculteurs vous diront qu’ils ont déjà vécu une saison aussi tardive, mais en ce qui me concerne, ça fait six ans que je suis à la Fédération et je n’ai jamais vu ça », poursuit M. Ross.
L’eau d’érable s’est fait désirer au bout des chalumeaux, mais les seaux en sont déjà remplis. C’est le temps doux le jour et sous le point de congélation la nuit de la dernière semaine qui sont responsables de ce départ canon. « Ça veut dire qu’on n’aura peut-être pas une saison catastrophique. Si les températures qu’on a en ce moment se maintiennent, on pourrait avoir une récolte tout à fait normale », explique M. Ross.
Grâce à ce bon début de saison, on vous servira même des produits frais de cette année dans la plupart des petites cabanes à sucre. Dans les établissements plus commerciaux, le grand nombre de visiteurs forcera les producteurs à piger dans leurs réserves. Rien de dramatique, puisque lorsqu’ils sont bien conservés, les produits de l’érable gardent leur bon goût une dizaine d’années.
À l’érablière La Goudrelle, à Mont-Saint-Grégoire, le téléphone ne dérougit pas depuis dimanche dernier. Les 850 places de l’immense salle à manger de la cabane à sucre devraient être toutes occupées aujourd’hui et demain.
« Le téléphone sonne, c’est épouvantable ! Je ne dirais pas que c’est l’enfer parce que c’est notre gagne-pain, mais la saison est partie tout d’un coup. C’est comme si les gens avaient dégelé en même temps que la température », raconte Michel Gingras, propriétaire de l’érablière, visiblement très heureux de voir le temps doux se manifester enfin. Il attend depuis le 1er mars que les clients se manifestent, et enfin, ses fourneaux fonctionnent à plein régime.
Même son de cloche dans toutes les cabanes à sucre. Les prochaines semaines devraient d’ailleurs être passablement occupées dans tous les établissements.
Les 10 000 producteurs acéricoles mettront donc les bouchées doubles. Une saison normale devrait rapporter entre 130 et 140 millions de dollars uniquement en vente de sirop d’érable. L’industrie de la cabane à sucre espère, quant à elle, récolter environ 100 millions.
Il est donc suggéré aux groupes de réserver avant de se rendre dans une cabane à sucre, puisque selon les propriétaires, tout le monde semble vouloir profiter du printemps en même temps.